CHIARI (P.)


CHIARI (P.)
CHIARI (P.)

CHIARI PIETRO (1711-1785)

Jésuite, professeur d’éloquence à Modène en 1736-1737, Pietro Chiari quitta l’enseignement pour vivre de sa plume. De la part d’un homme de très modeste origine, c’était manifester de l’esprit d’aventure. Il commença par exploiter la veine de la vulgarisation scientifique et philosophique inaugurée en France par Fontenelle et publia des Lettres choisies sur divers sujets agréables de critique et d’érudition adressées à une dame de qualité (Lettere scelte di varie materie piacevoli critiche ed erudite scritte ad una dama di qualità , 1749-1752). C’est toutefois sa double carrière d’auteur dramatique et de romancier qui lui valut la popularité, compensation attendue aux concessions de principe qu’il avait dû consentir. Il eût voulu en effet promouvoir au théâtre une «réforme» plus radicale que celle de Goldoni, qu’il accusait de complaisance envers les comédiens ignorants. Mais il s’avoua «condamné à écrire pour remplir le théâtre de spectateurs» et à sacrifier au goût des intrigues ou des passions extravagantes et des mises en scène à grand décor; de même pour le roman dont il affectait de mépriser le genre tout en avouant cyniquement: «Les libraires ne vendent que des romans, et je ne dois donc écrire que des romans, si je veux écrire des livres qui se vendent et convertissent l’encre en pièces d’or.»

Son nom est associé aux controverses théâtrales et aux rivalités qui défrayèrent la chronique vénitienne entre 1750 et 1760. D’abord adversaire et rival de Goldoni, il eut à subir avec lui, à partir de 1757, les foudres satiriques de Carlo Gozzi. C’est sans injustice, assurément, que la mémoire culturelle a oublié l’œuvre de Chiari, et jusqu’à son nom. Aux yeux des contemporains toutefois, la comparaison entre Chiari et Goldoni allait de soi, et elle devient de ce fait instructive pour qui s’intéresse à l’histoire des mentalités. Alternativement fournisseurs des mêmes troupes et des mêmes théâtres (Goldoni eut des pièces jouées entre 1738 et 1745 au théâtre San Samuele, où Chiari fit ses débuts en 1749; le premier fut le poète attitré de la compagnie Medebach de 1749 à 1753 et Chiari le fut à son tour en 1753-1754), attentifs aux conditions spécifiques de la vie théâtrale (possibilités techniques des différentes scènes, traditions des comédiens, engouements ou aspirations du public), ils eurent l’un et l’autre l’ambition de mettre leur culture littéraire au service d’un renouvellement de l’art dramatique. Chiari fut plus souvent imitateur qu’initiateur, il eut moins de discrétion dans la façon dont il puisa ses sujets dans l’histoire romaine revue par Crébillon (Catilina ), les romans anglais (Tom Jones ) ou français (La Vie de Marianne ) et les anecdotes orientales. Goldoni ne dédaigna ni la vogue de Paméla ni celle des Persans, mais loin de s’entêter à refléter des modes littéraires, il sut donner au théâtre le pouvoir de révéler avec force la réalité de son temps. Le modernisme de ces deux auteurs, également exécrés par le conservatisme de Carlo Gozzi, ne procédait pas d’une égale puissance créatrice.

Comme romancier, Chiari fit preuve, sinon de puissance créatrice, du moins de fécondité: quarante romans échelonnés sur presque toute sa carrière, parmi lesquels on compte les plus grands succès de librairie du temps. Au désir de monnayer sa verve se joignait le souci, partagé par beaucoup de ses contemporains, de doter l’Italie d’une littérature d’imagination comparable à celles de l’Angleterre et de la France. Il crut y parvenir par l’imitation et même le démarquage: romans à résonances philosophiques, tableaux de mœurs, représentations idylliques ou critiques de la vie primitive. Il écrivit ainsi La Filosofa italiana (1753); une trilogie sur la vie théâtrale: La Ballerina onorata , La Cantatrice per disgrazia , La Commediante in fortuna (1754-1755); La Francesa in Italia (1759); L’Uomo d’un altro mondo (1760); et, en écho à La Nouvelle Héloïse , La Femme introuvable (La Donna che non si trova , 1762).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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